jeudi 19 janvier 2012

La langue française est-elle « la langue de la liberté » ?

Un texte de Anne-Marie Kervern (Adjointe au Maire de Brest, Groupe des élues de l’Union Démocratique Bretonne) qui décode le discours de Jean Luc Mélanchon à Brest en apportant des notions précieuses. Le rapport avec le béarnais ? le même qu'avec toutes les langues dites minoritaires, qui subissent les assauts de l'ignorance et de l'arrogance de gens persuadés qu'on peut les classer selon une échelle de valeur (ou simplement d'utilité), et par conséquent, si on se laisse aller à la jacobinerie, se passer de certaines... Il est donc indispensable de se serrer les coudes et puiser dans l'expérience de chacun pour contrer ce type de pensées.


La langue française est-elle « la langue de la liberté » ?

Jean Luc Mélenchon en est persuadé, et tout ce qu’il souhaite de bon aux petits Français, comme d’ailleurs aux immigrés primo-arrivants, c’est d’accéder à l’émancipation par la « langue de la liberté ». Il l’a encore redit lors de son passage à Brest, en conclusion de sa déclaration sur les langues régionales. André Le Gac qui l’interrogeait à ce sujet semble content de sa réponse, comme d’ailleurs les militants du Front de Gauche qui font circuler ses propos avec une évidente satisfaction.

Alors, pourquoi moi, Anne-Marie Kervern, élue en charge du dialogue interculturel à Brest, notre groupe UDB et les militants UDB dans leur ensemble, ne pouvons- nous nous satisfaire de cette réponse, et même devons-nous la combattre ? C’est tout simplement parce que Jean-Luc Mélenchon a le front de nous resservir un plat toxique qui semble tout droit sorti de la cuisine Sarkozyste.

Petite explication de texte : quand Sarkozy choque toute l’Afrique et toute la planète en parlant de l’Homme africain qui n’est pas encore entré dans l’histoire, que fait-il exactement ? Il essentialise l’Homme africain, c'est-à-dire qu’il s’appuie sur de prétendues différences de « nature » entre les hommes pour mieux les hiérarchiser et leur attribuer un rôle social spécifique. C’est le dominant qui hiérarchise et attribue les rôles. Essentialiser est toujours un acte de domination. C’est ainsi que l’on parlera de « nature » féminine (sexisme) ou de la « nature » de tel ou tel peuple (racisme). L’essentialisation a servi de base idéologique à la colonisation, elle sert de base idéologique à la ségrégation, à l’exclusion, à tous les traitements inégalitaires de notre société actuelle. Elle sert toujours les intérêts de l’élite et des dominants, il est important de le rappeler quand on s’adresse à des partenaires de la Gauche.

En affirmant que la langue française est « la langue de la liberté », Jean-Luc Mélenchon ne fait rien d’autre : il essentialise la langue en lui attribuant une nature intrinsèque qui justifie sa supériorité et celle de ceux qui la parlent. Joli tour de passe- passe, non ? La langue française, « langue de la liberté » serait une langue aux qualités linguistiques (clarté, pureté, universalité) supérieures, ce qui, évidemment, ne peut que justifier et refléter, de manière implicite, une « essence » exceptionnelle de ceux qui la parlent !

Cette qualification de la langue française fait pendant à la fameuse déclaration de Bertrand Barrère de Vieuzac, député aux Etats généraux, puis membre de la convention nationale : « Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ; l’émigration et la haine de la république parlent allemand ; la contre révolution parle italien et le fanatisme parle le basque (…) ».

Les langues auraient donc, selon Barrère et dans le droit fil, selon JL Mélenchon, des natures « intrinsèques » : les unes seraient langues de progrès, les autres, langues de réaction, les unes seraient aptes à parler de liberté et de démocratie, les autres ne pourraient, ne sauraient exprimer des valeurs universelles.

C’est sans doute ce qui était dans l’esprit de la majorité municipale de gauche à Brest lorsqu’elle refusa d’accéder à la demande du groupe UDB de traduire la devise de la République en breton au fronton des écoles : on ne peut traduire dans une langue régionale ces valeurs universelles qui appartiennent à l’histoire de la France et du peuple français. Dans l’émotion, certains se laissèrent même aller à demander si les mots de « Liberté, égalité, fraternité » existaient en breton ! He bien je dis et j’affirme que ce fut une mauvaise action car, ce faisant, notre majorité de gauche a contribué, non pas à reconnaitre l’universalité de ces valeurs, mais à en faire une exceptionnalité française. L’acte qui a été posé ce soir-là fut un acte d’ethnicisation de nos valeurs communes, celles-ci étant réduites à des valeurs « franco-françaises », un acte d’ethnicisation dont les tenants de tous les communautarismes, religieux ou autres, ne pourront que se féliciter.

En tant que femme de gauche, membre d’un parti de gauche, je dis, j’affirme et je revendique le fait que les langues sont « des constructions historiques humaines et que celles-ci reflètent l’histoire des groupes sociaux qui les utilisent » (Saïd Bouamama, « La France, Autopsie d’un mythe national »). Les placer sur une échelle hiérarchique, en fonction de leur essence, consiste tout simplement à nier qu’elles sont le produit de rapports de force, de rapports de domination et que leur rayonnement est déterminé par des facteurs politiques, militaires, économiques. Faut-il rappeler que c’est dans la « langue de la liberté » que Napoléon rétablit l’esclavage, que c’est dans la « langue de la liberté » que fut rédigé le code de l’indigénat et que l’on fit régner l’ordre colonial à Poulo Condor, que c’est dans la « langue de la liberté » qu’on donna l’ordre de tirer sur les fusillés pour l’exemple, puis dans la foule à Sétif et Madagascar?

En concluant sa déclaration apparemment bienveillante envers les langues régionales par le souhait que tous bénéficient de la « langue de la liberté », Jean-Luc Mélenchon se place dans un courant idéologique bien repérable, de la Révolution de 1789 à aujourd’hui, en passant par la IIIème République qui joua un rôle important dans ce domaine : celui qui d’un républicanisne arrogant qui confond (sciemment ?) unité politique et unicité culturelle, un républicanisme qui, s’appuyant sur un essentialisme des peuples et des langues, a construit une politique de mépris et d’exclusion des langues régionales de la sphère publique.

Et qu’on ne vienne pas nous dire qu’ « au regard de la crise et des problèmes sociaux actuels, il y a des combats beaucoup plus importants que celui des langues régionales » ! Car ce dont il est question, c’est rien moins que notre conception de la République et de la Nation qui est en jeu. Ou bien on prolonge les discours des « élites » qui essentialisent les peuples et les langues à leur profit, invalident les multiples appartenances comme autant de dangereux points d’appui aux revendications des plus faibles, ouvrent la voie aux clivages ethniques. Ou bien, et c’est ma position de femme de gauche, et certainement aussi celle de mon parti, on travaille à l’émergence d’une citoyenneté du XXIème siècle capable d’intégrer la diversité dans un projet réellement démocratique de cohésion sociale. C’est aussi le projet de la « nation arc-en-ciel » porté par Nelson Mandela en Afrique du sud. Mais pour y parvenir, il faut en finir avec ce mythe de l’exceptionnalité française qui n’est qu’un fantasme nationaliste générateur d’exclusion. Avoir comme projet éducatif l’apprentissage de la « langue de la liberté » pour tous fait partie de ce fantasme. Il est contre productif et ne permet en aucun cas de lutter contre la précarité linguistique qui accompagne la plupart du temps la précarité économique. Ce dont souffrent les enfants des familles qui vivent dans cette précarité, ce n’est pas d’un excès de bi ou plurilinguisme, c’est au contraire d’un manque de reconnaissance de la diversité des pratiques culturelles et linguistiques de leur milieu.

J’invite Jean-Luc Mélenchon et ceux qui ont accueilli avec satisfaction sa position sur les langues régionales à lire « La France, autopsie d’un mythe national » de Saïd Bouamama, socio –économiste dont les recherches nous plongent au cœur de ce qui fonde le lien social. Ils y trouveront certainement quelques lumières sur la réalité de la société française et sur le retour en force de l’élitisme dit « républicain » dont le concept « langue de la liberté » est l’un des sousbassements.

Anne-Marie Kervern

Adjointe au Maire de Brest, Groupe des élues de l’Union Démocratique Bretonne

samedi 6 août 2011

Hitilh

Hitilh, jeune groupe déjà très prometteur. Dètz.tv, un collectif de vidéastes rassemblant des occitans de tous horizons, dresse leur portrait dans ce reportage :

HITILH // Empont ròck, episòdi n°3 from piget / dètz on Vimeo.

mardi 21 juin 2011

« béarnais », « gascon », « occitan », et graphie, de quoi perdre son latin…

Un texte essentiel pour comprendre les querelles au sujet du nom de la langue occitane en Béarn.


Depuis quelques années, des personnes se présentant comme les gardiens du temple béarnais et gascon ont relancé une vieille querelle qu’on croyait réglée sur le nom de la langue et sur sa graphie. Quelques mises au point s’imposent…


Le « régionalisme » occitan

Historiquement, le régionalisme occitan a été incarné par deux courants...

  • Un courant à l’origine conservateur, voire réactionnaire, en partie monarchiste mais pas exclusivement, apparu d’abord en Provence à partir des années 1854, se réclamant de l’écrivain Frédéric Mistral, courant illustré par les figures de Léon Daudet et de Charles Maurras. Les félibres béarnais et gascons créèrent, en 1896, l’Escole Gastoû Febus et, l’année suivante, la revue Reclams

  • Un mouvement, en partie né au sein du félibrige, dans l’Entre-deux-guerres (Jean Bouzet, de Pontacq est un des éminents grammairiens qui a adapté la graphie classique au gascon), aboutissant en 1945 à la création de l’I.E.O., nourri ensuite des utopies de Mai 68 et post-soixante-huitardes : l’Occitanisme.


La langue

  • Toute langue, à l’état naturel, est dialectalisée, jamais unifiée (l’unification linguistique est le fait de l’action des pouvoirs politiques et culturels, comme pour le Français au XVIe siècle, l’Italien à la Renaissance puis au XIXe siècle). Le fait que l’Occitan soit dialectalisé (gascon, languedocien, provençal, limousin, auvergnat…) est un fait normal scientifiquement et pas du tout remis en cause. En Béarn, l’occitan que l’on parle et que l’on écrit, c’est donc le béarnais : il n’y a aucun problème là-dessus. Il est vrai aussi que, linguistiquement, le dialecte gascon est très particulier.

  • L’Occitan est une langue sans nom : c’est vrai ! Lorsque les langues romanes naquirent peu à peu du latin, à partir du VIIIe-IXe siècles, elles furent toutes nommées du nom générique « roman » (par opposition au latin) et ne trouvèrent un nom que bien plus tard, au cours des XVe et XVIe siècle pour le « langage françoys » par exemple, époque à laquelle déjà l’Occitan commençait à reculer. C’est le poète italien Dante, au début du XIVe siècle, qui a proposé de distinguer la langue del Si, la langue d’Oc et la langue d’Oïl. En Béarn, longtemps, jusqu'au XVIe siècle, on dit "lengatge deu pais". À partir du XVIIe siècle, la langue fut qualifiée de « patois », mot qui viendrait de l'ancien français patoier signifiant agiter les mains, gesticuler puis se comporter, manigancer. Cette étymologie permet de comprendre en partie la connotation péjorative que comporte ce terme : on patoise quand on n'arrive plus à s'exprimer que par geste. Selon une autre hypothèse il pourrait dériver du latin patria (patrie), faisait ainsi référence à la dispersion locale d'une variante d'un langage. Le mot « patois » s'applique alors à tout système de communication langagier autre que le français dominant/dominateur.

  • De même, un « État occitan » n'a jamais eu d'existence historique, nul n’a prétendu le contraire.

  • Ce qui n'existe pas non plus, c'est le "béarnais" en tant que langue. Il n'y a pas de différence notable entre ce qui se parle dans les landes et à Orthez, ou à Pontacq et en haute Bigorre et Comminges, alors que la distance linguistique est plus grande de la vallée d'Aspe à Garlin, que de Garlin à Marmande par exemple. C'est l'histoire particulière de la vicomté de Béarn qui a créé une sorte de "nationalisme linguistique" béarnais.


Deux graphies ? Non, une seule !

  • Quand le béarnais sort de sa "préhistoire", pour reprendre les termes de l'historien Benoît Cursente, c'est-à-dire à partir du moment où nous en avons des traces documentaires, vers 1270, il obéit à des règles orthographiques précises, rigoureuses et claires. Cette graphie, que nous pouvons qualifier d'historique, est avec quelques aménagements celle que la communauté scientifique préconise depuis près de 60 ans et qu'on peut nommer "classique" ou "normalisée". Elle apparaît, dès le XIIIe siècle, respectueuse de l'origine latine de la langue, commune à tous les dialectes d'Oc et exclusivement utilisée en Béarn, ceci jusqu’en 1620, par les vicomtes, tels Gaston VII Moncade, Gaston Fébus, les Albret... leur administration, les Fors de Béarn, les notaires, les églises, catholique et protestante, les écrivains de toute nature. Certes, en 1583, Arnaud de Salette tenta de promouvoir une graphie très localiste, notamment avec le doublement compensatoire de la voyelle finale (ainsi par exemple maâ au lieu de man). Mais ce système ne fut pas adopté et on n'en trouve par la suite que des bribes.

    • À partir de 1620, date du rattachement du Béarn à la France, la langue écrite oublia peu à peu les règles orthographiques. Au cours du XVIIe et plus encore des XVIIIe et XIXe siècles, il n'y a plus de graphie rigoureuse et normée. Chacun écrit comme il le peut, sans grande constance ni logique : ainsi les textes poétiques, ceux de Despourrins par exemple, les textes administratifs, comme les délibérations des États de Béarn... De plus, ces orthographes, très fantaisistes, sont calquées sur la prononciation du français. Elles ne traduisent donc pas une évolution, mais une dégradation du béarnais écrit.

    • Voilà pourquoi, à la fin du XIXe siècle, les félibres béarnais et gascons de l’Escole Gastoû Febus, autour de Simin Palay et Miquèu Camelat, tentèrent de définir une norme d’écriture. Avec difficulté, car quasi chaque région, chaque écrivain avait sa propre orthographe.

    • Le félibrige béarnais et gascon a d'ailleurs abandonné ce flou scientifique : peu à peu, au cours du XXe siècle, avec Jean Bouzet, Roger Lapassade, Jean-Marie Grangé... ; puis officiellement, en adoptant, au début des années 1980, sous la direction de Jean Salles-Loustau, Inspecteur Général de l’Éducation Nationale, la graphie classique.

    • Aujourd’hui, les personnes qui se prétendent défenseurs du "pur béarnais" n'ont pas une graphie sur laquelle ils s'accorderaient… Ils en pratiquent plusieurs, au gré des fantaisies d’auteurs en mal de reconnaissance et dont le seul point commun est un refus obsessionnel de la graphie classique.

  • Cette dernière [la graphie classique] est donc la seule graphie – au sens scientifique du terme – de l’occitan. Pour le gascon, ont notamment œuvré Jean Bouzet, Pierre Bec et Jean Séguy.

    • Elle est, on l'a dit, la graphie historique ;

    • elle est étymologique, faisant apparaître l’origine latine de notre langue ;

    • elle est phonétique : un son s’écrit toujours de la même façon ;

    • elle est ouverte, faisant apparaître la parenté de notre langue avec les autres langues latines ; et, de ce fait, reconnue nationalement et internationalement, pratiquée partout où l’occitan s’étudie et s’enseigne, en Europe, aux Etats-Unis, au Japon…


Quelle analyse faire de la résurgence de la querelle autour de la graphie du béarnais ?

  • Cette prétention à se poser en gardien du "pur béarnais et gascon" est récente, moins de 10 ans, radicalement négative, passéiste.

    En effet, où étaient ces personnes dans les 40 ou 50 dernières années ? Dans le combat pour l'enseignement de la langue ? Non. A la fondation des Calandretas ? Non. Dans l'édition et la publication ? Non. Dans la création artistique ? Non. Dans l'organisation des diverses manifestations culturelles qui ont permis à la langue et à la culture de se montrer ? Non. Dans la création d'outils de communication : radio, hebdomadaire, mensuels pour enfants et adolescents ? Non.

    Vilipender, saccager, détruire... Arrêter tout ce qui se fait pour la défense de la langue et de la culture, revenir sur ce qui s'est fait : voilà la seule motivation. Ils sont passés maîtres dans l'art de jeter le trouble, auprès des élus ou de l'opinion publique, le récent débat sur la signalisation bilingue à Pau, face à une opinion loin d'être gagnée à l'idée de l'intérêt d'une telle signalisation, le montre.

    Ces misérables miasmes traduisent un passéisme total, comme si le Béarn s'était arrêté en 1914, et une fermeture absolue à la société béarnaise telle qu’elle est, diverse et composite ; au projet de revivification, avec une population issue d’origines diverses, de la langue, dans le monde moderne, et dans un esprit d’ouverture et d’enrichissements.


  • Elle est le signe d'une ignorance épaisse et d'une grande malhonnêteté.

    • Ces personnes sont incompétentes dans la lecture des textes béarnais historiques, quand ceux-ci s’écrivaient de façon rigoureuse et normée. Ce sont des imposteurs, se prétendant tour à tour linguistes, historiens, juristes mais n’ayant aucune compétence scientifique reconnue par leurs pairs : des universitaires et présidents de sociétés culturelles et scientifiques béarnaises, MM. Bidot-Germa, Biu, Cursente, Darrigrand, Hourcade, Roumieu, ont dénoncé ces abus, devant la presse, le 16 avril 2009, puis par lettre adressée au président du Conseil Général des P.-A., en juin 2009.

    • Régulièrement, certaines de ces personnes se prévalent, abusivement et sans vergogne, de travaux scientifiques, à l'insu même de leurs auteurs, ceux-ci avertissant quand ils en sont alertés que "[leurs] travaux ne peuvent servir de caution" et appelant à "un peu d'honnêteté" ! Ainsi Jean-Pierre Cavaillé, chercheur à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, Xavier Ravier, et Pierre Bec, éminents linguistes et spécialistes reconnus du gascon ou Michel Banniard, sociolinguiste et historien des langues romanes.

      Car cette coterie autoproclamée "béarnaise et gasconne" est experte en citations tronquées, sorties de leur contexte, en manipulation des mots, en falsification des idées des autres.

  • Son révisionnisme en matière linguistique et historique est effréné.

    • Linguistique, d’abord. Quand ces personnes prétendent revenir à une graphie traditionnelle, elles ne se réfèrent qu’à la tentative des félibres, tels Simin Palay, à la fin du XIXe siècle : mais on a vu comment l'Escòla Gaston Febus en est venue au système graphique historique, c’est-à-dire à la graphie classique. Les graphies que d'aucuns voudraient voir utiliser ne sont donc nullement des graphies traditionnelles du béarnais.

    • Révisionnisme historique, ensuite. On peut lire, sur le site internet de ces personnes que « le béarnais et le gascon ne forment pas un dialecte occitan. En témoignent les "lois d'Amour" promulguées à Toulouse en 1356, qui excluaient l'usage du gascon dans la poésie, car il était perçu comme une langue étrangère ("lengatge estranh"). En témoignent les linguistes depuis le XIXe siècle, de A. Luchaire à P. Bec qui a confirmé que le gascon était langue proche mais distincte de l'occitan languedocien au moins autant que le catalan »… Nul ne nie que le gascon constitue un dialecte à part dans l’ensemble d’Oc ; mais lengatge estranh veut dire langage étrange et non « étranger »… En appeler à A. Luchaire et P. Bec, en déformant et falsifiant leurs écrits et leur prêtant une opinion inverse de la leur est grossier. Personne ne témoigne, sauf dans les fantasmes de ces cacochymes obtus !

      Révisionnisme historique également, quand ces individus oublient l'histoire du béarnais, et vont même jusqu’à affirmer des mensonges historiques : « Récemment, peut-on lire encore sur le même site : « il a été démontré que la singularité de la langue gasconne était acquise vers l'an 600 (exemple du f devenu h aspiré). Or, à ce moment là, les autres parlers d'O n'avaient pas encore émergé du latin parlé tardif ». C'est absolument faux, d’un point de vue scientifique. Ces individus s'appuient sur des recherches dans le domaine linguistique, mais aucune dans le domaine historique ou de la sociolinguistique rétrospective. Le professeur Michel Banniard a montré que le parler roman archaïque, ou protoroman, n'émerge lentement du latin parlé tardif qu'aux VIIIe - IXe siècles, et que ce protoroman, indistinct (nul gascon encore), poursuit son évolution jusqu'aux stades où il accède en tant que tel à l'écriture entre le IXe et le XIIe siècle (Du latin aux langues romanes, Nathan Université, 1997, p. 7-10, 17, 36...). Quand à la Gascogne, Béarn y compris, nous n'avons pas de documentation écrite avant le XIe siècle : c'est ce qui fait dire à Benoît Cursente qu'elle est auparavant encore "en protohistoire" (Des maisons et des hommes, La Gascogne médiévale. XIe-XVe siècle, PUM, p. 25). Et encore, ces premiers textes gascons sont en latin. Tel est le cas aussi des premiers textes béarnais, les Fors. Les premiers textes en béarnais n'apparaissent que dans la décennie 1270 : ils sont alors, et tout au long des XIVe, XVe et XVIe siècle, conformes à la graphie classique (D. Bidot-Germa, Un notariat médiéval. Droit, pouvoir et société en Béarn, PUM, 2008, p. 39-45).

      C'est dire l'impéritie et la malhonnêteté de ces personnes au toupet aussi grand que ridicule. Une telle imposture intellectuelle, un tel révisionnisme ne peuvent que se discréditer auprès de la communauté scientifique, culturelle, nationale et internationale.

      Mais il y a plus grave...


  • Ces personnes n'hésitent pas à employer des méthodes fascisantes...

    • Elles font preuve d'un intégrisme fortement teinté de racisme. Ces personnes sont les suiveurs de l'inventeur et manipulateur de concepts tels que « la race que raceye » ou « la civilisation de la garbure... » (opposée à celle « du couscous »), expressions chères à leur maître à penser et ex candidat du Front national.

    • S'adonnant à des dérapages écrits fréquents dans leur feuille mensuelle et leurs courriers nauséabonds

    • Ces personnes lâchent régulièrement des remarques sur les identités jugées "béarno impures" de certains militants ayant consacrés leur vie et leur carrière à la défense de notre langue et de notre culture. N'hésitant pas à inventer ainsi le délit de faciès patronymique contre ceux que « le Béarn a accueillis » stigmatisés et qui sont à dessein opposés à de « Béarnais pour de bon » ! On a même eu plus odieux encore, avec des propos infamants à l’encontre d’une personne tragiquement disparue à Lescar. Comment ne pas faire le rapprochement avec les écrits d'Extrême Droite des années 30 ?

    • L'agressivité extrême, l'inversion des valeurs (n'a-t-on pas traité l'occitanisme de « totalitarisme » comme on dénonçait la démocratie à la vieille de la guerre de 39 ?), et une pression incessante sur les élus... constituent, là aussi, des méthodes fascisantes.

jeudi 14 avril 2011

"Pour vous informer plus avant sur la querelle du nom de la langue"

Un texte clair, qui avait pour but initial d'informer les candidats aux cantonales 2011, mais qui pourrait profiter à tous ceux qui ne voient que la partie visible de l'iceberg qu'est devenu la politique linguistique en faveur du Béarnais.

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Pour vous informer plus avant sur la querelle du nom de la langue :

Sachez que certains estiment que le béarnais est une langue à part et lui refusent son appartenance à l'occitan :
d'où ce monstre d'appellation béarnais/gascon/occitan pour parler de la langue au conseil général des Pyrénées-Atlantiques (et uniquement) !!!
Parce que les politiques veulent bien être les "otages" de ces personnes : visiter ici leur idéologie http://www.languegasconne.com/, est particulièrement édifiant leur blog http://languegasconne.blogspot.com/ (bon voyage au pays des "vrais" et "purs" béarnais que ces étrangers d'occitans viennent spolier pour ne pas dire plus... un délire).

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Maintenant parlons politique linguistique :
A t-on jamais vu que le français parlé à Parthenay s'appellerait parlanghe/poitevin/français au sein d'une institution officielle ? c'est du français même si on peut le localiser.
A t-on jamais vu que le basque de Mauléon serait dit mauléonnais/souletin/basque ? : c'est du basque même si on peut préciser sa provenance.

L'occitan est une langue dialectalisée comme toutes les langues à l'état naturel dans le monde : anglais, espagnol... et français compris même si on a malheureusement tendance à trop l'oublier.

Ceux qui appellent la langue "occitan", ont la conscience que cette langue ouvre sur le monde et non ferme au monde.
Ils l'envisagent comme une succession de ponts, de liens de l'Atlantique à la Méditerranée, de l'Auvergne aux Pyrénées et aux Alpes, du Val d'Aran aux Vallées occitanophones du piémont italien :
toute une parentèle extraordinaire !
Et il y a inter-compréhension même si on vous dit le contraire. Inter-compréhension à condition de bien posséder sa propre variété d'occitan et de s'en servir assez régulièrement.
Quelqu'un qui n'aura pas pratiqué depuis plusieurs années,qui n'aura pas expérimenté au moins quelques fois cette inter-compréhension, passera à côté car les interconnections psycholinguistiques seront "mortes" inutilisées chez elle.
Et bien sûr l'occitan est un pont vers les autres langues romanes : français, espagnol, catalan, portugais, italien, romanche, frioulan, ladin, roumain, galicien, aragonais, sarde, franco-provençal, corse...

Bien entendu la langue enseignée en Béarn dans les Calandretas ou dans les filières bilingues de l'éducation nationale est la modalité locale de l'occitan, tout comme ce qu'on entend dans les émissions des radios associatives Voix du Béarn, Radio Oloron... et surtout Ràdio País ou, dans le service public, France Bleu.

Donc quelqu'un qui dira parler occitan, pourra dire indifféremment qu'il parle béarnais ou gascon, cela ne lui posera aucun problème.
A contrario un fervent "béarniste" refusera de dire qu'il parle occitan (et pour certains aussi gascon).

Pour les "occitanistes" (militant depuis plus de cinquante ans en Béarn) il est primordial que l'unicité de la langue soit mise en avant :
- pour des raisons d'efficacité car en effet se traîner l'appellation béarnais/gascon/occitan n'augure en rien d'une politique linguistique dynamique, ni d'ailleurs d'une réelle volonté de mettre en œuvre une quelconque politique que ce soit.
- pour des raisons pédagogiques : même dialectalisée c'est la même langue et il faut concevoir sa défense et promotion dans un esprit de coopération avec les autres régions occitanes.

Et pour beaucoup d'autres raisons que nous vous exposerons plus avant si vous le souhaitez, pour que vous puissiez vous faire votre opinion.

Voilà

Bien à vous

* * * * * * * * * *
per la Crida
D. Lekuona

mercredi 13 avril 2011

Tranche de vie locale (suite & fin)

Envoyé par tranche4. A faire suivre !!

Tranche 8 - 7305 jours plus tard...

La langue béarnaise-slash-gasconne-slash-occitane est en danger ! Heureusement SuperJambont et ses amis conseillers généraux veillent : ils prennent des mesures énergiques et ambitieuses !

7305 jours plus tard, les retombées de la politique linguistique ambitieuse mise en place par nos super-héros sont à la mesure de leurs efforts. Seuls quelques spécialistes, exhumeurs de langues mortes, s'intéressent encore à cette culture ancienne de plusieurs siècles, victime de l'inefficacité de quelques décideurs. Mais même alors, les idées imbéciles ressurgissent ; c'est à croire que la bêtise humaine se transmet mieux que la langue d'une génération à l'autre...

Tranche 8, où SuperJambont et ses amis devraient s'occuper de jambon et laisser à d'autres le soin de donner un autre dénouement à ce scénario catastrophe.

Tranche de vie locale (suite)

Envoyé par tranche4. A faire suivre !!

Tranche 7 - Comment écrire le béarnais ?

La langue béarnaise-slash-gasconne-slash-occitane est en danger ! Heureusement SuperJambont et ses amis conseillers généraux veillent : ils prennent des mesures énergiques et ambitieuses !

Engagés en campagne électorale, nos super-héros rendent visite à l'école. Quelle n'est pas leur surprise de constater que la langue y est enseignée depuis plusieurs décennies et que des enfants sont capables de lire et écrire le béarnais dans une graphie qui n'est pas "phonétique" !

Tranche 7, où SuperJambont et ses amis mettent les points sur les "i" et les u sur les "ou", pour dé rézon pour leu mouin z'étronge.

vendredi 18 mars 2011

Langue, Orthographe et Toponymie

Dans le cadre de sa mission publique de socialisation, de sensibilisation et d'information sur la langue, et de la fiche-action LS n°2 "promotion de la langue dans la vie sociale", l'InÒc a réalisé un dossier argumentaire, à destination des communes et intercommunalités. Ce dossier porte le nom de « Langue, orthographe, toponymie » afin que leur choix se porte vers l'emploi de l'orthographe dite « classique ». L'action a dans un premier temps été menée en Béarn, elle est en passe d'être adaptée à la Gironde, en partenariat avec l'I.E.O. 33.

Téléchargez le dossier Langue, Orthographe et Toponymie en cliquant sur ce lien.