mercredi 23 décembre 2009

Ouverture d'une calandreta à Mazères-Lezons

Saluons l'ouverture d'une nouvelle école calandreta à Mazères-Lezons, ainsi que l'engagement sans ambigüité de la municipalité, représentée ici par madame le maire qui répond aux élucubrations déformantes d'un membre de l'IBG parues dans le forum des lecteurs de l'Eclair des Pyrénées.

Un peu d'aplomb dans l'aile de ceux qui se permettent de dire n'importe quoi pour prêcher leur paroisse...

-----------------------------------------------------------

Rubrique "C'EST VOUS QUI L'ECRIVEZ" de l'Eclair des Pyrénées (22/12/09)


Des querelles qui assassinent notre langue


Monique Sémavoine, maire de Mazères-Lezons, répond au courrier de Pierre Bidau (notre édition du 15 décembre 2009).

Dans le « Forum des lecteurs » du 15 décembre, M. Pierre Bidau met en cause l'intégrité de la municipalité de Mazères-Lezons qui dépenserait abusivement l'argent public avec l'ouverture d'une « calandreta ». Votre lecteur se lance dans une attaque virulente contre les écoles calandretas en soulignant leur statut d'écoles privées. Je n'ai pas vocation à représenter calandretas. Mais, que je sache, ces écoles sont laïques, gratuites, à statut associatif et sous contrat avec l'Education nationale ; et on y apprend le béarnais en Béarn, le gascon dans les Landes, le languedocien ou le catalan en Languedoc-Roussillon, etc.

Je tiens par ailleurs à préciser deux points lorsque votre lecteur s'interroge : « ... on est en droit de se demander comment se fait-il qu'une municipalité puisse utiliser de l'argent public, celui des citoyens de Mazères en l'occurrence, mais peut-être seront-ils d'accord pour promouvoir une langue à caractère idéologique, qui n'a rien à voir avec les valeurs de notre Béarn. Si une municipalité prenait une telle initiative pour défendre du béarnais, nous ne pourrions qu'applaudir, car cela serait de la légitimité ».

D'abord, je rappelle que les Mazérois nous ont donné mandat en mars 2008 pour conduire les affaires de la commune et que l'accueil de la calandreta a été approuvé à la quasi-unanimité des élus du conseil municipal (deux abstentions).

Ensuite, où est le problème ? La municipalité de Mazères-Lezons défend en l'occurrence le béarnais puisque c'est le béarnais qui est enseigné en Béarn dans les calandretas. Le problème probablement c'est qu'à aucun moment, je n'ai décelé en elles des écoles « idéologiques » !

Encore une question : ce lecteur n'a-t-il pas le sentiment d'aller un peu trop loin en affirmant que l'enseignement avec les calandretas « c'est notre identité béarnaise qui est bafouée »?

Dois-je en déduire que moi-même qui suis de cette génération qui « baragouine » quelques mots de béarnais mais n'a pas appris à le parler, je ne puis revendiquer mon identité béarnaise ou gasconne ou occitane ?!

À l'heure où un « débat sur l'identité nationale » fait couler de l'encre au risque de faire aussi couler des larmes, est-il opportun de lancer ce débat à propos de ceux qui sont dignes ou non de porter « les valeurs de notre Béarn », ceux qui sont dignes ou non d'être Béarnais ? Pauvre de moi qui, contrairement à ce lecteur semble-t-il, ne distingue pas le béarnais du gascon ou de l'occitan ! Eh bien ne vous déplaise, j'affirme haut et fort que je suis Béarnaise et je vous mets au défi de prouver le contraire.

Pauvre de moi qui, contrairement à ce lecteur, semble-t-il, ne différencie pas les langues du sud de la France ni ne décèle leur caractère « idéologique » ! Eh bien ne vous déplaise, j'affirme que je suis très fière d'avoir permis que des enfants dans ma commune, dans le village où je suis née, puissent venir à l'école pour apprendre le béarnais, fût-il « bafoué » !

Depuis quelques semaines, cette école existe parce que nous l'avons voulue. Elle existe parce qu'au-delà des discours d'intentions, les élus de Mazères-Lezons ont fait preuve de volontarisme pour promouvoir notre culture du Béarn.

Pendant ce temps, la guerre attisée par certains entre Béarnais - les vrais, les bons - et Occitans - les usurpateurs, les idéologues - est non seulement stérile, mais elle est surtout assassine de ce qui reste de notre langue.

Au moment où la langue basque renait de ses cendres dans un formidable élan collectif pour la faire vivre - alors qu'elle connait elle aussi des différences linguistiques d'une province à l'autre du Pays basque -, certains en Béarn préfèrent dresser mesquinement des barricades abusivement identitaires pour le plus grand malheur de notre culture ! Je ne me situe ni d'un côté ni de l'autre de ces barricades ; j'ai choisi le camp de ceux qui agissent, en toute modestie.

Adishatz e hètz beròi !

mardi 27 octobre 2009

Penser global, agir local... y a du boulot...

Avant de s'attaquer à l'image d'Épinal véhiculée localement concernant la langue et la culture occitane en Béarn, petit florilège des idées reçues, parfois bien ancrées dans la tronche des gens, au niveau national concernant la langue et cultures occitanes (et qui est généralement transposable à n'importe quelle autre langue et cultures dites régionales de notre pays), que beaucoup n'hésitent pas à sortir comme ça, sans vraiment réfléchir, sans savoir si c'est bien étayé, voire simplement raisonnable, sur les forums des divers journaux.

La manifestation occitane de Carcassonne 2009, ayant réunie près de 25000 personnes sous les mêmes revendications, venant des quatre coins du sud de la France, et au-delà, a été un très bon activateur chez les différents lecteurs de journaux pour se laisser aller à tous les commentaires possibles et imaginables. A se demander si ils avaient au moins lu les articles qu'ils commentaient...

Les revendications étaient pourtant claires :

"La préservation de la diversité linguistique et culturelle dans le monde est un enjeu majeur pour les années à venir. En France, la situation légale est pourtant défavorable à cette préservation. La langue occitane, notamment, est particulièrement menacée par l'absence de politique positive pour sa transmission.

Il faut donc, sur le territoire où se parle l'occitan, créer un environnement favorable à l’enseignement de la langue et dans la langue, à la création culturelle en occitan, à la présence de la langue dans les médias électroniques, audiovisuels et écrits, à son emploi dans la vie publique et sociale. Tout cela sera un encouragement à la transmission familiale de l'occitan. [...]"

Appel pour la manifestation du 24 octobre 2009


Autrement dit sans pincette : ras-le-bol croissant (et encore, l'expression reste très mesurée) des divers acteurs qui travaillent dans le cadre de la langue et cultures occitanes de bosser depuis des décennies dans un environnement législatif, politique et administratif inapproprié (et là encore, l'expression reste très mesurée), alors qu'il existe un réel engouement pour cela au sein de la population et que le reste de l'Europe, pour ne citer que cette échelle, est en avance sur les questions d'identités plurielles par rapport à l'état français. Ni plus, ni moins.


Voici donc un mail qui circule à l'heure actuelle sur le Net : très bonne initiative de je ne sais qui, à propos des diverses réactions engendrées par les articles parus dans la presse suite à cette manif. Le thème : "Attention aux dangereux occitans !!! A lire pour rire un bon coup !"


Adiu!

Voila un florilège de commentaires de lecteurs avisés récoltés par une amie sur les sites internet de différents journaux (libé, figaro, depeche ...) à la suite de la manifestation pour la langue occitane (25 000 personnes samedi a Carcassonne). Personnellement ça me fait beaucoup rire peut être parce que j'y suis habituée.


LES XENOPHOBES

« mais en plus une volonté d'ancrer notre région dans une sorte de civilisation méditerranéenne dont on sent qu'il démange aux occitanistes qu'elle soit particulièrement proche des maghrébins et favorable à l'islam. »


LES ŒNOLOGUES

« En plus les viticulteurs de "Séptimanie" (WOUARF pour Frêche), font le vin le plus dégueulasse de France. »

« Rien de comparable a ce qui se fait par ailleurs en France, la vigne n'est pas une culture dans cette région, mais une vulgaire agriculture, avec au bout de nombreux très mauvais produits. »

LES BONS CITOYENS

« On est en France ici, pas dans un Etat Fédéral. Les régionalismes, très mauvais pour l'unité nationale, c'est clair, net et précis. »

« Le moment n'est certainement pas bien choisi, pour de telles revendications. »

« Ils feraient mieux de défendre la France... Cela dit c'est peut-être parce qu'elle agonise que ce genre de régionalisme et autre multiculturalisme prospèrent... »

« Il est parfaitement légitime d'avoir envie de pratiquer et d'étudier les langues d'Oc et les cultures qui vont avec, au même titre que d'autres pratiquent la philatélie, la pêche à la ligne, la cinéphilie ou la généalogie. »

« Les langues régionales n'ont pas être reconnu par l'État.

L'identité de la France c'est faîte en détruisant les identités régionales.

La langue est l'une des pierres angulaires de notre Nation, sans elle la France n'est plus. »

« Derriere l enseignement des langues regionales, se cachent trés souvent des personnes desireuses d instituer un nationalisme ethnique totalement étranger aux valeurs de notre République. »

« est ce qu'ils sont discriminés,pourchassés enfermés??? on devrait y penser,à les enfermer,pour tentative de déstabilisation de la cohésion républicaine -- comme les islamistes. »

LES HISTORIENS

« Les Basques Français, les Bretons, les Alsaciens et les Occitans ont choisi d'appartenir à la nation Française en 1790. »

« Ma langue a certainement rendu plus de services à l'humanité que le baragouin occitan dont on se tamponne les fesses sur les plates-bandes. »

« Justement, si on en était resté à l'amour courtois, on pourrait toujours se la mettre sous le bras, à passer son temps à draguer en occitan. »

« Manifestation complètement ridicule car plus personne ne parle les patois occitans dans le sud de la France et cela depuis longtemps ! »

LES LINGUISTES

« l'occitan n'est qu'une "langue factice", rêbâtie artificiellement de toutes pièces et qui sert de vecteur à une foultitude de revendications hétéroclites. elle n'est parlée que dans des minuscules cercles d'initiés (…) et vouloir comparer l'"occitan" au basque ou au breton (ou à l'alsacien ou au corse) c'est prendre le public pour des billes !»

« L'occitan, une langue ? Oui, comme le (bas) latin. »

« C'est une langue aussi artificielle que l'esperanto, à laquelle elle ressemble : "l'occitan lenga oficiala". »

LES PSYS

« Quand on a un problème d'identité (car si j'ai tout bien compris, la question c'est : "être ou ne pas être occitan ?"), on ne le fait pas supporter à tout le monde. »

« On a l'impression qu'une sorte d'angoisse morbide étreint les défenseurs des langages locaux. »

« C'est surtout très triste pour leurs enfants quand on connaît les ravages que font les calendrettes en matière d'éducation. »

LES SOCIOLOGUES

« Mais l'idéologie sous-jacente, inconsciente ou non, est de promouvoir une société traditionaliste. Dans le sens du XIX°, c'est à dire d'une société refusant les nouveaux modes de vies et les nouveaux modes de pensées. »

« Ce qui m'irrite un peu c'est que 10.000 personnes descendent dans la rue pour sauver leur dialecte, mais qu'ils resteront bien sagement chez eux quand il faudra manifester pour la sauvegerde des emplois ou des acquis sociaux. »

« Le danger est la culture véhiculée par les occitans : l'anti élitisme, les troubadours, la campagne mythique, les fromages de chèvres. Non merci, nous voulons de Toulouse une culture brillante, cosmopolite, d'avant garde, pas un pétainisme bon teint. »

« On aura remarqué que le bouseux parisophobe connait très mal ma ville et fantasme complètement sur "Le parisien" arrogant . Remarque c'est pas si faux.... le parisien arrogant c'est un plouc monté à paris et qui se la pète quand il retourne dans sa province ... le monde est petit, fait d'arrogance et de jalousie provinciale. »

« des planqués intermittent du travail , prof heureux de n'avoir que 5 élevés dans la classe, artiste, auto spectacles , ect c'est la gauche ses hurluberlus! »

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Une seule chose est sûre : l'ignorance rend con…

Voila les liens si vous voulez en lire un peu plus:

http://www.libetoulouse.fr/2007/2009/10/20000-manifestants-%C3%A0-carcassonne-loccitan-fait-son-entr%C3%A9e-en-politique.html

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/10/24/01011-20091024FILWWW00599-10000-personnes-pour-defendre-l-occitan.php




J'ajouterai à cette avant-dernière phrase, que la liberté d'expression m'est très chère, mais qu'à force d'en user à tout bout de champ, on finit parfois par oublier de se renseigner avant d'ouvrir grand sa bouche.

Que répondre à tout ça quand on va si loin dans l'imbécilité ?
  • Faites un peu de recherches plutôt que de laisser parler vos angoisses, vos clichés, vos généralités à l'emporte pièce, vos peurs, votre ignorance, vos argumentaires approximatifs, tout le monde s'en sortira grandi.
  • Vous n'êtes pas les premiers à sortir de telles foutaises et de nombreuses réponses, documentées, pédagogiques, patientes, existent à travers le Net, dans des bibliothèques, dans des brochures, etc., et vous y attendent.
  • En tous cas, comptez pas sur moi pour vous les mettre sous le nez, vous n'avez qu'à remuer un peu votre couanne intellectuelle.